Terres de Rhône, d’Alpilles et de Méditerranée

Le fleuve, les Alpilles et les villages de pierre blonde

Les Bouches-du-Rhône tirent leur nom du fleuve qui les traverse et du vaste delta qu’il dessine avant de rejoindre la mer. En amont, Tarascon et Beaucaire se font face de part et d’autre du Rhône, puis Arles apparaît, cité d’art et d’histoire où le fleuve se divise en deux bras qui enserrent la Camargue. Entre le Rhône et la Durance, les Alpilles découpent leurs crêtes abruptes au-dessus de vallons encaissés. Les pentes se couvrent de vignes, d’oliviers, d’amandiers, de pins et de cyprès, composant un paysage lumineux qui a inspiré Van Gogh et Cézanne.

Les villages perchés se blottissent contre le rocher, les maisons serrées autour de leurs places ombragées. Monastères, chapelles rurales et moulins ponctuent les collines et rappellent la longue histoire rurale de ce pays. Saint-Rémy-de-Provence, Eyguières ou Fontvieille conservent ce visage de bourg provençal, avec leurs hôtels particuliers discrets, leurs ruelles étroites et leurs marchés. Les paysages qui ont nourri les pages des « Lettres de mon moulin » restent lisibles dans les collines de Fontvieille, entre mas isolés et alignements de pins battus par le mistral.

Plus au sud, les Baux-de-Provence dominent la vallée depuis leur éperon de calcaire clair, véritable citadelle minérale surveillant la plaine des oliviers. Le massif s’ouvre ensuite vers la silhouette allongée de la montagne Sainte-Victoire, familière aux amateurs de peinture. Entre carrières reconverties en lieux d’exposition immersive, domaines viticoles et sentiers escarpés, l’art et le paysage forment un ensemble continu où les œuvres de Mistral ou de Giono trouvent encore un écho.

Arles et la Camargue, un delta entre ciel et eau

À la rencontre du fleuve et de la mer, Arles associe monuments antiques, maisons médiévales et héritage industriel reconverti en lieux culturels. Les arènes, le théâtre antique et les ruelles du centre ancien servent de décor à une vie artistique dense. Les Rencontres de la photographie transforment chaque été la ville en vaste galerie à ciel ouvert, avec des expositions investissant cloîtres, anciens ateliers et bâtiments réhabilités. Galeries et fondations prolongent cette dynamique tout au long de l’année, faisant dialoguer patrimoine romain et créations contemporaines.

Au-delà des remparts s’ouvre la Camargue, territoire de marais, d’étangs et de sansouires où l’eau et le sel façonnent le paysage. Le Parc naturel régional protège d’immenses espaces de roselières, de lagunes et de prés salés, fréquentés par les flamants roses, les hérons et de nombreux oiseaux migrateurs. Au cœur du delta, une réserve naturelle nationale préserve les milieux les plus fragiles, accessibles seulement sur quelques digues et plages où la fréquentation reste encadrée. Les élevages de taureaux et de chevaux camarguais cohabitent avec les rizières, les marais salants et les cabanes de pêcheurs.

Les Saintes-Maries-de-la-Mer constituent l’un des grands repères de ce territoire plat où le ciel occupe la moitié de l’horizon. Le village vit au rythme des pèlerinages, en particulier celui de la communauté gitane, qui marque chaque année les rues étroites et le parvis de l’église. Ferias, processions, abrivados et courses camarguaises jalonnent le calendrier et entretiennent un lien étroit avec les élevages voisins. La découverte du delta se fait au gré des digues, des sentiers, des pistes cavalières et des embarcations qui longent les étangs, avec pour décor les roselières, les salins et les dunes.

De la Crau à l’étang de Berre, entre steppe, collines et ports

À l’est du delta s’étire la plaine de la Crau, paysage de galets roulés et de prairies irriguées. Sur la partie sèche, l’herbe rase et les cailloux dessinent une véritable steppe méditerranéenne, pâturée par des troupeaux de moutons qui perpétuent la tradition de la transhumance. Sur la partie humide, les canaux d’irrigation alimentent des prairies, des vergers et des cultures fourragères qui composent une mosaïque agricole. Cet espace, à la fois pastoral et agricole, constitue un refuge pour de nombreux oiseaux nicheurs.

Plus au nord, la Crau rejoint les abords d’Istres et les rives de l’étang de Berre, vaste étendue d’eau intérieure bordée de collines et de petits ports. Les plages, les sentiers de crête et les bases nautiques y voisinent avec des installations industrielles et logistiques qui rappellent le rôle stratégique du littoral pour le commerce maritime. Non loin de là, Fos-sur-Mer présente un contraste marqué entre son port en eau profonde, ses terminaux et son vieux centre médiéval resté à taille humaine. La pierre blonde des maisons, les placettes et les églises y répondent aux lumières des installations portuaires au loin.

Martigues se déploie à la jonction de canaux, d’étangs et de bras de mer. Passerelles, quais bordés de façades colorées et barques de pêche composent un paysage qui vaut à la ville son surnom de « Venise provençale ». Les quartiers de Jonquières, Ferrières et l’Île forment un ensemble de ruelles, de placettes et de ponts particulièrement photogénique, où les ateliers d’artistes et les terrasses s’installent au bord de l’eau. Les ports de pêche et de plaisance de la commune prolongent cette relation intime avec le littoral.

La Côte Bleue, Marseille et les portes des Calanques

À partir de Martigues, le littoral prend le nom de Côte Bleue. La route suit une suite de criques rocheuses, de petits ports de pêche et de pinèdes descendant jusqu’aux rochers. Carro, Sausset-les-Pins ou Carry-le-Rouet conservent un visage maritime avec leurs quais animés, leurs plages et leurs sentiers littoraux. Le Parc marin de la Côte Bleue protège la biodiversité sous-marine grâce à des réserves où mouillage, pêche et plongée en bouteille sont interdits, tandis que les autres zones restent ouvertes à une plaisance encadrée et à des activités nautiques respectueuses de l’environnement.

En s’approchant de Marseille, la côte devient plus escarpée puis s’ouvre sur la vaste rade dominée par les collines et les îles. La ville se déploie autour du Vieux-Port, de la Canebière et des quartiers anciens aux ruelles étroites, tandis que les grands projets urbains ont transformé les docks, les friches portuaires et les quais en espaces de bureaux, de logements et d’équipements culturels. Le MuCEM, les forts de Saint-Jean et de Saint-Nicolas, les quartiers perchés du Panier ou du Roucas-Blanc, la basilique Notre-Dame-de-la-Garde et les nouveaux musées composent un ensemble urbain où se mêlent histoire, migrations et cultures méditerranéennes.

Aux limites orientales de la ville, les premiers reliefs du Parc national des Calanques dressent leurs falaises calcaires au-dessus d’une mer aux reflets turquoise. Entre Marseille et Cassis, criques encaissées, aiguilles rocheuses, forêts de pins et garrigues s’enchaînent, constituant l’un des paysages emblématiques de la Méditerranée occidentale. La protection renforcée de ce parc impose des règles spécifiques pour la navigation, l’accès aux falaises, les activités nautiques ou la fréquentation estivale, afin de préserver des milieux fragiles soumis à une forte pression.

Cassis, La Ciotat et les grands belvédères du littoral

Cassis s’abrite au pied de falaises blanches, autour d’un port en arc de cercle bordé de maisons étroites et de terrasses. Les calanques voisines, accessibles par des sentiers, par la mer ou depuis certains belvédères, alternent criques de galets, petites plages et tombants rocheux vertigineux. Vignes en restanques, cabanons et pinèdes accompagnent la descente des coteaux vers l’eau, tandis que les falaises du cap Canaille et du mont de la Saoupe dominent le paysage.

La route des Crêtes relie Cassis à La Ciotat en suivant la crête des falaises. Cette corniche offre des panoramas saisissants sur la grande bleue, les massifs de l’arrière-pays et les baies de Cassis et de La Ciotat. Certains belvédères s’ouvrent au-dessus de parois qui comptent parmi les plus hautes falaises maritimes d’Europe, avec des points de vue sur les îles, les calanques et les reliefs intérieurs. La circulation y est parfois régulée en fonction du vent, du risque incendie ou de la fréquentation, ce qui contribue à la préservation de ces milieux exposés.

La Ciotat, longtemps marquée par son passé de chantier naval, conjugue aujourd’hui port de plaisance, plages, criques et activités nautiques. Le vieux port, les ruelles en pente, les petites places et les jardins en terrasse rappellent l’histoire maritime de la ville. Lieu de tournage pour les premiers films des frères Lumière, la cité conserve un lien fort avec le cinéma et accueille régulièrement festivals, projections en plein air et événements culturels en bord de mer.

Fêtes, terroirs et vie culturelle

Dans tout le département, les traditions restent très présentes, en particulier autour de la Camargue et des Alpilles. Courses camarguaises, ferrades, transhumances, fêtes pastorales et processions rythment l’année dans les villages. Les marchés mettent en avant les produits du terroir que sont les olives, les huiles, les fromages de brebis, les vins, le riz, les poissons, les coquillages ou les oursins lors de fêtes dédiées. Les santons, les crèches et les veillées calendales prolongent l’attachement à l’artisanat et aux récits populaires.

Les grandes manifestations culturelles donnent un relief particulier à cette vie locale. Les Rencontres de la photographie animent Arles sur plusieurs mois et rassemblent amateurs, artistes et professionnels venus du monde entier. À Aix-en-Provence, le festival international d’art lyrique fait résonner opéras, concerts et créations musicales dans les cours, les théâtres et les places de la ville. D’autres festivals consacrés au cinéma, au jazz, aux musiques actuelles ou aux arts visuels complètent ce paysage culturel très dense, de Marseille aux Alpilles, de la Camargue à la Côte Bleue.

Entre fleuve, delta, collines et falaises, ce territoire associe patrimoine antique et rural, paysages naturels remarquables et création contemporaine. Les ports industriels voisinent avec les petits villages de pierre blonde, les parcs naturels encadrent la fréquentation des espaces les plus sensibles et les festivals rythment la saison estivale. Cet ensemble compose une mosaïque contrastée où se croisent traditions vivaces, métropole portuaire, espaces protégés et villages restés à taille humaine.